Bienveillance, travail: l'organisation du travail, clé de l’inclusion
Bienveillance et travail réel : pourquoi l’organisation du travail est la clé de l’inclusion en ESAT
Dans le secteur médico-social et plus particulièrement en ESAT, la notion de bienveillance est omniprésente.
Elle irrigue les discours, les projets d’établissement, les démarches qualité et les intentions d’accompagnement.
Mais une question essentielle demeure souvent en arrière-plan :
👉 comment le travail est-il réellement organisé au quotidien ?
Car la bienveillance, aussi nécessaire soit-elle, ne suffit pas à compenser une organisation du travail défaillante.
Pire : lorsqu’elle se substitue à une réflexion sur le travail réel, elle peut devenir un écran qui empêche toute transformation concrète.
Bienveillance, accompagnement et organisation du travail : remettre de la clarté
Dans de nombreuses organisations, trois dimensions sont régulièrement confondues :
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l’attention portée aux personnes (écoute, posture relationnelle, soutien),
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le management (animation des équipes, régulation, accompagnement),
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l’organisation du travail (processus, outils, règles, répartition des rôles).
Or, ces dimensions ne produisent pas les mêmes effets.
👉 On peut être très bienveillant…
👉 tout en laissant les équipes et les personnes accompagnées évoluer dans une organisation peu lisible, peu structurée, voire contraignante.
Dans ce cas, le travail n’est pas réellement discuté.
Il est supporté, mais rarement transformé.
Quand les difficultés deviennent individuelles… alors qu’elles sont organisationnelles
Lorsque l’organisation du travail n’est pas suffisamment pensée, les tensions apparaissent ailleurs :
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fatigue,
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stress,
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démotivation,
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sentiment de ne pas “bien faire” son travail.
Ces difficultés sont alors interprétées comme individuelles ou psychologiques.
On parle de charge mentale, de fragilité, de besoin de soutien.
👉 Pourtant, dans de nombreux cas, la source est organisationnelle :
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tâches mal définies,
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rôles flous,
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enchaînements d’activités peu cohérents,
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outils inadaptés,
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manque de temps pour faire un travail de qualité.
Sans action sur ces leviers, la qualité de vie au travail reste fragile et superficielle.
Le care organisationnel : penser le travail avant de soigner les personnes
Une autre approche est possible :
celle du care organisationnel.
Le care organisationnel ne consiste pas à “prendre soin des personnes” au sens moral.
Il consiste à prendre soin du travail.
Concrètement, cela signifie :
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penser l’ergonomie des postes,
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structurer les processus,
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clarifier le qui fait quoi, comment et avec quels moyens,
-
rendre le travail compréhensible, discutable et améliorable.
👉 Ici, ce n’est plus à la personne de s’adapter en permanence.
👉 C’est l’organisation qui devient soutenante.
ESAT et travail réel : un enjeu central pour l’inclusion professionnelle
En ESAT, la question du travail réel est au cœur de l’accompagnement.
L’inclusion ne repose pas uniquement sur l’intention ou la bienveillance.
Elle repose sur la capacité des personnes accompagnées à comprendre, investir et maîtriser leur activité professionnelle.
Travailler sur l’organisation du travail permet :
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de donner du sens aux tâches réalisées,
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de rendre visibles les compétences mobilisées,
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d’impliquer les personnes dans la réflexion sur leur propre travail,
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de favoriser la coopération au sein des collectifs.
C’est à ce niveau que l’accompagnement devient réellement émancipateur.
Autonomie et autodétermination : des effets concrets de l’organisation du travail
L’autonomie ne se décrète pas.
Elle se construit.
Lorsqu’une personne :
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comprend son rôle,
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identifie ses marges de manœuvre,
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peut ajuster son travail,
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participe aux choix organisationnels qui la concernent,
alors elle développe :
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de la responsabilisation,
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de la confiance,
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une capacité à décider et à s’engager.
👉 L’autodétermination est une conséquence directe d’un travail bien organisé,
pas un simple objectif affiché dans un projet d’établissement.
Un éclairage essentiel sur la souffrance au travail
Les travaux de Yves Clot rappellent un point fondamental :
la souffrance au travail ne provient pas d’un manque de bienveillance,
mais de l’impossibilité de bien faire son travail.
Cette lecture est particulièrement pertinente en ESAT.
👉 Le management peut soutenir.
👉 Mais seule l’organisation du travail peut durablement transformer les situations.
Replacer le travail au cœur de la bientraitance
Prendre soin, au sens plein, ce n’est pas demander aux équipes et aux personnes accompagnées d’être toujours bienveillantes.
C’est leur offrir :
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une organisation lisible,
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des règles claires,
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des outils adaptés,
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des espaces pour parler du travail réel.
C’est permettre à chacun :
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de coopérer efficacement,
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de progresser,
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d’être fier du travail accompli.
Pour une inclusion durable, ancrée dans le réel
Dans les ESAT IPSIS, Élisa et Open Provence,
penser l’inclusion passe nécessairement par une exigence sur l’organisation du travail.
Parce que c’est là que se jouent :
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le bien-être au travail,
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la qualité des accompagnements,
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la montée en compétences,
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et, au final, la dignité professionnelle des personnes accompagnées.
👉 Le travail n’est pas un simple support de l’accompagnement.
👉 Il en est le cœur.
Ludovic – IPSIS
Organisation du travail, inclusion et autodétermination en ESAT