Dans le champ du médico-social, et plus particulièrement en ESAT, nous parlons beaucoup de bienveillance, d’accompagnement, de projet personnalisé, d’autodétermination.
Ces mots sont nécessaires. Ils traduisent une intention juste.
Mais lorsqu’ils ne s’incarnent pas dans l’organisation réelle du travail, ils risquent de rester… des mots.
Or, le travail ne se vit jamais dans l’intention.
Il se vit dans les actes, dans les contraintes, dans les rôles, dans les relations de pouvoir, dans ce qui est possible et dans ce qui ne l’est pas.
C’est là que se joue, concrètement, l’autodétermination.
Parler d’autodétermination sans parler du travail réel, c’est prendre le risque d’une illusion.
Le travail réel, ce n’est pas :
Le travail réel, c’est :
C’est dans cet espace-là que se construisent :
On ne peut pas parler d’autodétermination si le travail est flou, instable, suradapté ou sous-déterminé.
Il n’y a pas d’autodétermination sans lisibilité du travail.
Les institutions d’accompagnement produisent du savoir :
diagnostics, évaluations, compétences, limitations, besoins, capacités.
Ce savoir est indispensable.
Mais il n’est jamais neutre.
Comme l’a montré Michel Foucault, le savoir est toujours lié à une forme de pouvoir :
le pouvoir de nommer, de classer, de décider, d’autoriser ou d’interdire.
En ESAT, cette tension est permanente :
Le risque n’est pas la malveillance.
Le risque est la normalisation bienveillante, celle qui agit au nom du bien, mais qui réduit les marges d’action réelles.
La question n’est donc pas :
« Faisons-nous bien ? »
Mais :
« Qu’est-ce que notre organisation permet réellement de faire aux personnes ? »
On réduit trop souvent l’autodétermination à une capacité individuelle :
C’est une erreur.
L’autodétermination est d’abord une propriété du cadre de travail :
Une personne ne peut exercer son autodétermination que si :
👉 L’autodétermination n’est pas un discours. C’est un effet de structure.
La Valorisation des Rôles Sociaux (VRS) est souvent évoquée comme un principe éthique.
Elle est en réalité un outil profondément opérationnel.
Un rôle social valorisé, ce n’est pas :
C’est un rôle :
La VRS ne valorise pas la personne malgré le travail.
Elle valorise la personne par le travail.
Et ce déplacement est fondamental :
Penser l’autodétermination, le travail réel et la VRS ensemble oblige à changer de focale.
Il ne s’agit plus seulement de :
Il s’agit de :
C’est un travail exigeant.
C’est parfois inconfortable.
Mais c’est à ce prix que l’accompagnement devient émancipateur plutôt que simplement protecteur.
L’autodétermination n’est pas une posture morale.
La VRS n’est pas un supplément d’âme.
Le travail réel n’est pas un détail opérationnel.
En ESAT, ces trois dimensions forment un socle indissociable :
👉 Ce n’est pas en parlant plus de bienveillance que l’on transforme le travail.
C’est en transformant le travail que la bienveillance devient réelle.
Ludovic – IPSIS
Organisation du travail, inclusion et autodétermination en ESAT